Un projet d’Architecture de par ses formes et volumes, ses proportions, sa fonction, son intégration au site, voire sa réponse urbaine, inspire et provoque des émotions. Ces impressions peuvent s’interpréter de différentes manières. La musique est une excellente méthode de comparaison. Prenons par exemple un projet comme le musée Guggenheim à Bilbao. Son expression architecturale se rapproche plus d’une musique composée par Pierre Boulez que par Jean Philippe Rameau … Cette expression Architecturale remarquable, cette mélodie n’a été rendue possible que grâce à un ensemble de personnes : Maître d’ouvrage, Architecte, Ingénieur, Entreprises. Ceci n’est qu’un exemple parmi tant d’autres … avec un rien d’imagination, tout projet d’Architecture peut être comparé à une composition musicale!
Cette musique est orchestrée par l’Architecte qui en est le « compositeur ». La composition est souvent un chef-d’œuvre mais c’est son interprétation qui en apporte toute sa qualité. Les harmonies qui sonnent justes, le « touché » et l’ « attaque » sur le clavier provoquent l’émotion, le temps et la mesure emportent l’auditeur dans un autre monde…
L’interprète joue selon sa sensibilité. Une même œuvre jouée par trois interprètes différents (orchestre ou soliste) ne provoque pas le même effet. La virtuosité n’est rien sans la sensibilité à l’œuvre.
L’approche d’un projet tend à cette recherche de perfection, le plus difficile étant de structurer les contraintes, d’établir et de hiérarchiser les interactions entre les différentes techniques liées aux fonctions demandées au programme ainsi qu’au parti architectural choisi.
Les ingénieurs et les « hommes de technique » sont les musiciens et interprètent la composition écrite et dirigée par l’architecte.
Si l’orchestre est mal accordé ou joue à contre temps, l’œuvre est inaudible et incompréhensible bien qu’il soit dirigé par un Maître et interprète un chef-d’œuvre. A contrario, le meilleur orchestre du monde ne saurait émouvoir en jouant sans chef une œuvre sans saveur.
On pourrait faire ce type de comparaison sur le sport, la cuisine ou la politique !
La structure d’un bâtiment répond aux mêmes règles. Pour une même forme et même fonction, il peut y avoir plusieurs réponses structurelles qui dégagent chacune des émotions différentes (voire aucune émotion) . Ces « émotions » sont engendrées par l’œuvre.
L’interprète, l’Ingénieur, tente alors de déchiffrer la partition, le projet, pour que le tempo, le doigté, la réponse technique, soit en cohérence avec la sensibilité de l’œuvre en évitant les « fausses notes ». L’Ingénieur peut exprimer son talent s’il comprend la sensibilité du projet ; pour cela il est nécessaire d’être réceptif aux souhaits architecturaux du « chef d’orchestre et du compositeur ». Le dialogue entre l’artiste et l’interprète, qui lui aussi est artiste dans son domaine, est non seulement souhaitable mais indispensable.
Le compositeur et le chef d’orchestre, l’Architecte, ne maîtrisent pas parfaitement les techniques des instruments de tout l’orchestre, l’équipe des ingénieurs. C’est pour cela qu’il fait appel à leurs compétences. La compréhension de l’œuvre par l’Ingénieur permet souvent à l’Architecte d’aller au delà de ses souhaits. L’interprète et le compositeur ne font alors plus qu’un. Ce type de musique s’apparente plutôt au jazz…Le rêve, les émotions, le plaisir se manifestent avec la même force quel que soit le type de musique.
La liberté et l’innovation musicale peuvent s’exprimer dans tout type d’œuvre. Les règles musicales de base restent les mêmes. Dans l’acte de construire, cette liberté et cette innovation peuvent aussi s’exprimer malgré les normes qui peuvent paraître contraignantes.
La maîtrise de l’instrument, la technique, permet alors d’aborder des obstacles que l’on supposait insurmontables.
L’architecture, ce n’est pas la musique, diriez vous … Certes ! Quoique … La musique et l’architecture ne sont-elles pas deux arts majeurs où la technique s’exprime à sa juste valeur ?